1/01/2014

"Art School (Propositions for the 21st Century)" by Steven Henry Madoff, 2009





Les principaux postulats du livre de Madoff, c’est que l’enseignement en école d’art ne saurait au XXIe siècle faire l’économie, ni de l’héritage post-duchampien ou de l’art dit conceptuel d’une part, ni de l’expansion exponentielle des nouvelles technologies corrélatives à l’Internet. Il n’y a qu’à peine une vingtaine d’années – en Occident du moins – qu’un étudiant dispose de matériels digitaux et technologiques tels que la télévision câblée, par satellite ou par Internet, d’ordinateurs fixes ou portables, de téléphones cellulaires et autres smart phones, de DVD, consoles de jeux, MP3 et autres iPods, de caméras digitales intégrées ou non, et du scanner, etc. Cela ne va pas sans conséquences, et pédagogiques et topologiques. De fait et sous peine de mort, l’école d’art à venir ne saurait se soustraire à l’interactivité généralisée induite par l’avènement, à une échelle planétaire, des réseaux sociaux ou participatifs dont tour à tour, Esthétique relationnelle (Bourriaud), Dialogical Practice (Kester), Conversational Art (BhabhaRogoff…), et autres Dialogue-based public art (Finkelpearl), etc., etc., se font les échos peu ou prou métaphoriques et plus ou moins anachroniques.

Bref, l’école d’art à venir sera une passoire ou ne sera peut être pas, comme le laisse d’ailleurs entendre Thierry de Duve par exemple (p. 24) : 
"Perhaps the art school of the future will not necessarily be an institution made of bricks and run by an appointed team of professionals, but nothing more or less a mode of transmission of art addressed to everyone as if they were all artists."
En outre, nolens volens, le marché international de l’art fait école lui aussi, subrepticement, aux risques et périls de l’art tout court. Au mieux, l’école d’art ne pourra se perpétuer qu’en étant inséparablement intra muros et hors-les-murs. Dans un monde où l’interactivité et les flux priment les lieux et les objets, il va donc sans dire que, de l’école d’art en tant qu’entité pédagogique à l’école en tant qu’oeuvre d’art elle-même, ou de l’éducation comme transmission du savoir-faire, à l’enseignement comme interactivité des faire et des savoirs, il n’y a qu’un seul pas ; pas imminent que la réforme consécutive au Processus de Bologne ne franchit à l’évidence… qu’à rebours de la mutation, actuellement en cours, de l’art lui-même ; en ravalant notamment – et fort néo-libéralement – l’éducation (artistique ou non) à la production de savoir ou encore, la formation (de droit) à l’information (marchande).

Jean-Charles Agboton-Jumeau, La lettre des écoles supérieures d'art, n° 7, avril 2012, p. 24-27.



Ci-dessus, oeuvre de Nanni Balestrini

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