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3/02/2014

criticavit Alexander Pope, 1711

[...]
But see! each Muse, in Leo's Golden Days,
Starts from her Trance, and trims her wither'd Bays!
Rome's ancient Genius, o'er its Ruins spread,
Shakes off the Dust, and rears his rev'rend Head!
Then Sculpture and her Sister-Arts revive;
Stones leap'd to Form, and Rocks began to live;
With sweeter Notes each rising Temple rung;
A Raphael painted, and a Vida sung!
Immortal Vida! on whose honour'd Brow
The Poet's Bays and Critick's Ivy grow:
Cremona now shall ever boast thy Name,
As next in Place to Mantua, next in Fame!

But soon by Impious Arms from Latium chas'd,
Their ancient Bounds the banish'd Muses past:
Thence Arts o'er all the Northern World advance,
But Critic Learning flourish'd most in France.
The Rules, a Nation born to serve, obeys,
And Boileau still in Right of Horace sways.
But we, brave Britons, Foreign Laws despis'd,
And kept unconquer'd and unciviliz'd,
Fierce for the Liberties of Wit, and bold,
We still defy'd the Romans as of old.
Yet some there were, among the sounder Few
Of those who less presum'd, and better knew,
Who durst assert the juster Ancient Cause,
And here restor'd Wit's Fundamental Laws.
Such was the Muse, whose Rules and Practice tell,
Nature's chief Master-piece is writing well.

[...] 
Alexander Pope (1688-1744), An Essay on Criticism, 1711


File:Alexander Pope by Michael Dahl.jpg



Alexander Pope
By Michael Dahl (studio of)
Oil on Canvas
London, National Portrait Gallery

criticavit Jonathan Richardson, 1719


























“Painting is another sort of Writing, and is subservient to the Same Ends that of her younger Sister ; That by Characters can communicate Some Ideas which the Hieroglyphic kind cannot, As This in other respect supplies its Defects ;

And the Ideas thus convey’d to us have This advantage, They come not by Slow Progression of Words, or in a Language peculiar to One Nation only ; but with such a Velocity, and in a Manner so Universally understood that ‘tis something like Intuition, or Inspiration ; As the Art by which ‘tis effected resembles Creation; Things so considerable, and of so great a Price, being produced out Materials so Inconsiderable, of a Value next to nothing.

What a Tedious thing would it be to describe by Words the View of a Countrey, (that from Greenwich hill for instance) and how imperfect an Idea must we receive from hence ! Painting shews the thing Immediately, and Exactly. No Words can give you an Idea of the Face, and Person of one you have never seen.
[…]
As the business of Painting is to Raise, and Improve Nature, it answers to Poetry ; (tho’ upon Occasion it can also be Strictly Historical) And as it serves to the Other, more Noble End, this Hieroglyphic Language completes what Words, or Writing began, and Sculpture carried on, and Thus perfects all that Humane Nature is capable of in the communication of Ideas ‘till we arrive to a more Angelical, and Spiritual State in another World.

I believe it will be unacceptable to my Readers if I illustrate what I have been saying by Examples, and the rather because they are Curious, and very little Known.

2/25/2014

criticavit abbé Jean-Baptiste Du Bos, 1719


« Puisque le premier but de la poësie & de la peinture est de nous toucher, les poëmes & les tableaux ne sont de bons ouvrages qu'à proportion qu’ils nous émeuvent & qu'ils nous attachent. Un ouvrage qui touche beaucoup doit être excellent a tout prendre. Par la même raison l'ouvrage qui ne touche point & qui n'attache pas ne vaut rien, & si la critique n'y trouve pas à reprendre des fautes contre les règles, c'est qu'un ouvrage peut être mauvais sans qu'il y ait des fautes contre les regles, comme un ouvrage plein de fautes contre les regles peut estre un ouvrage excellent.
[…]
« Monsieur [Boileau] Des préaux se fonde sur cette raison pour avancer que la plûpart des Critiques de profession qui supléent par la connoissance des règles à la finesse du sentiment qui leur manque bien souvent, ne jugent pas aussi sainement du merite des ouvrages excellents que les esprits du premier ordre en jugent sans avoir étudié les regles autant que les premiers.
[…]
« L’Amour tyranique de Scuderi est demeuré au nombre des mauvaises pièces malgré la Dissertation de Sarrazin. Tous les raisonnements des Critiques ne sçauroient persuader qu'un ouvrage plaise lorsqu'on sent qu'il ne plaist pas, comme ils ne peuvent faire acroire que l'ouvrage qui interesse, n'interesse pas. »

Abbé Jean-Baptiste Du Bos (1670-1742), Réflexions critiques sur la poësie et la peinture, 1719

Peinture de Gérard de Lairesse (1641-1711), Allégorie des cinq sens, 1668, Glasgow Museum

2/24/2014

criticavit Lafont de Saint-Yenne, 1747


« Je viens à la fin de votre Lettre, & au dernier reproche qui m’a été fait, d’avoir gardé l’Incognito. L’on s'est efforcé, dites-vous, de jetter un caractére odieux sur toute Critique anonime. La singularité de ce reproche ne m’a pas moins étonné que celle du Paradoxe que j’ai combattu ci-dessus. Non-seulement je ne me crois pas coupable de ne m’être point nommé, mais je pense encore avec un de nos plus grands Ecrivains, qu’il n’est jamais permis à qui que ce soit de le faire, quelque modeste & quelque équitable que soit la Critique. N’est-ce pas défier le Public, & lui dire hardiment que l’on ne craint point la censure des décisions que l’on publie, dès que l’on ose se montrer à visage découvert ? Et d’ailleurs quelle autorité auroit pû donner à ma Critique le nom d’un inconnu ? Si mes remarques sur les défauts des Ouvrages exposés sont vraïes, qu’importe de quelle part vienne la vérité à ceux qui la désirent ? Si elles sont fausses, elles ne méritent que du mépris, venant surtout d’un Anonime. En me nommant, n’aurois-je pas affiché l’envie de tirer de la vanité & de la réputation de ma Critique ; & j’ai déclaré dans mes Réflexions que je renonçais à cette frivole gloire, en exposant en peu de mots les motifs qui m’ont déterminé à les écrire, & que je vais vous dire ici un peu plus au long […]

Peu idolâtre de l’encens du Public, dont j’ai pesé il y a long-tems la fumée, je suis aujourd’hui plus convaincu que jamais de l’erreur de ceux qui dans un état privé & sans nécessité, sacrifient au zèle pour la Patrie, & au vain nom d’homme d’esprit & de goût, les deux seuls biens dignes à mon gré de leur ambition, la tranquillité, & l’indépendance. Trésors précieux & divins ! mais dont les hommes ignorent le prix. Je dis la tranquillité, parce qu’il n’est plus de repos pour un homme qui espère follement satisfaire le Public, en répondant à ses Critiques. Si j’ajoute l’indépendance, c’est que tout Auteur porte les fers de la bizarrerie de ce Public & de sa malignité. Je viens de l’éprouver à l’occasion de ce petit Ouvrage… »

"Anonime", alias Étienne La Font de Saint-Yenne (1688-1771), Lettre de l'Auteur des REFLEXIONS sur la Peinture, & de l'examen des Ouvrages exposés au Louvre en 1746, 1747

  


Réflexions sur quelques causes de l'état présent de la peinture en France avec un examen des principaux ouvrages exposés au Louvre le mois d'août 1746, 1747



2/23/2014

criticavit abbé Jean-Bernard Le Blanc, 1747


« La critique est une médecine dont rien ne sauroit corriger l’amertume, & ceux qui en ont le plus besoin sont ceux qu’elle révolte le plus. Amicus Plato, magis amica veritas, disoit un ancien : quand on peut se rendre le même témoignage, on est suffisamment justifié aux yeux des honnêtes gens. »
[…]
« Il ya même, il faut l’avouer, dans ces sortes d’ouvrages où l’on ose apprécier le mérite des autres, un air de vanité qui aigrit la bile de ceux que l’on censure. Mais il est un moyen bien aisé de ne pas donner prise de ce côté-là, c’est de garder l’anonime
[…]
« Voilà, Monsieur, ma raison véritable pour ne vouloir pas être connu : Vous verrez cependant que si je veux garder l’anonime, ce n’est pas pour en abuser. L’amour du vrai, l’amusement du Public, l’avancement des Arts, la gloire de ceux qui les professent avec distinction : Voilà tout ce que je me suis proposé dans cette Lettre. Pour y contribuer autant qu’il est en moi, je veux me cacher avec plus de soin que ces vils Auteurs de Libelles & de Satyres n’en apportent à couvrir leur iniquité, eux dont le talent se borne à prouver la dépravation de leur cœur, & qui néanmoins par leur indiscrétion, force le ministère à punir l’abus qu’ils font du peu d’esprit que la nature leur a donné. Loin d’avoir le dessein odieux de critiquer & de rabaisser le mérite d’aucun Membre de l’Académie de Peinture, je voudrais pouvoir rendre justice aux uns, sans courir le risque de déplaire aux autres. »

Abbé Jean-Bernard Le Blanc (1707-1781), Lettre sur l’expositiondes ouvrages de peinture, sculpture, &c. de l’année 1747. Et en général sur l’utilité de ces sortes d’Expositions, Paris, 1747.

Portrait de l'abbé Le Blanc (Salon de 1747), par Maurice Quentin de la Tour (1704-1788), Saint-Quentin, musée Antoine Lécuyer.




[to be continued]

2/20/2014

criticavit Marmontel, 1765



«Est-ce à la froide raison à guider l’imagination dans son ivresse ? Le goût timide & tranquille viendra-t-il lui présenter le frein ? O vous qui voulez voir ce que peut la Poésie dans sa chaleur & dans sa force, laissez bondir en liberté ce coursier fougueux ; il n’est jamais si beau que dans ses écarts ; le manége ne feroit que rallentir son ardeur, & contraindre l’aisance noble de ses mouvemens : livré à lui même, il se précipitera quelquefois ; mais il conservera, même dans sa chûte, cette fierté & cette audace qu’il perdroit avec la liberté. Prescrivez au sonnet & au madrigal des regles gênantes ; mais laissez à l’épopée une carriere sans bornes ; le génie n’en connoît point : c’est en grand qu’on doit critiquer les grandes choses, il faut donc les concevoir en grand, c’est-à-dire avec la même force, la même élevation, la même chaleur qu’elles ont été produites. Pour cela il faut en puiser le modele, non dans les beautés de la nature, non dans les productions de l’art, mais dans l’un & l’autre savamment approfondies, & sur-tout dans une ame vivement pénétrée du beau, dans une imagination assez active & assez hardie pour parcourir la carriere immense des possibles dans l’art de plaire & de toucher.

L’esprit faisant alors ce qu’on nous dit d’Apelle, se forme d’une multitude de beautés éparses un tout idéal qui les rassemble. C’est à ce modele intellectuel au dessus de toutes les productions existantes, qu’il rapportera les ouvrages dont il se constituera le juge. Le critique supérieur doit donc avoir dans son imagination autant de modeles différens qu’il y a de genres. Le critique subalterne est celui qui n’ayant pas de quoi se former ces modeles transcendans, rapporte tout dans ses jugemens aux productions existantes. Le critique ignorant est celui qui ne connoît point, ou qui connoît mal ces objets de comparaison. C’est le plus ou le moins de justesse, de force, d’étendue dans l’esprit, de sensibilité dans l’ame, de chaleur dans l’imagination, qui marque les degrés de perfection entre les modeles & les rangs parmi les critiques. Tous les Arts n’exigent pas ces qualités réunies dans une égale proportion ; dans les uns l’organe décide, l’imagination dans les autres, le sentiment dans la plûpart ; & l’esprit qui influe sur tous, ne préside sur aucun.

Nous savons qu’il est des amateurs versés dans l’étude des grands maîtres, qui en ont saisi la maniere, qui en connoissent la touche, qui en distinguent le coloris : c’est beaucoup pour qui ne veut que joüir, mais c’est bien peu pour qui ose juger : on ne juge point un tableau d’après des tableaux. Quelque plein qu’on soit de Raphael, on sera neuf devant le Guide. Bien plus, les Forces du Guide, malgré l’analogie du genre, ne seront point une regle sûre pour critiquer le Milon du Puget, ou le Gladiateur mourant. La nature varie sans cesse : chaque position, chaque action différente la modifie diversement : c’est donc la nature qu’il faut avoir étudiée sous telle & telle face pour en juger l’imitation. Mais la nature elle-même est imparfaite ; il faut donc aussi avoir étudié les chefs-d’oeuvre de l’art, pour être en état de critiquer en même tems & l’imitation & le modele.»

Jean-François Marmontel (1723-1799), Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, art. « critique », 1765

Portrait de Marmontel par Alexander Roslin (1718-1793), 1767, Paris, Musée du Louvre