"But why would audience matter ? It is only convention that stresses the importance of one's writing for a communicative exchange with another person. If understood from the point of view of an individual writing for no audience, then the situation might provide a salutary effect. In isolating one's practice of writing from the external forces which shape its reception, and its meaning - to the extent such isolation is possible, if one decides it is desirable - one writes within a space that is relatively free of those constraints explicitly or implicitly imposed by audience that would limit what could be written. Of course, this freedom is never absolute - one writes for readers, even if just one."
"Quelques tendances de longue durée se dégagent à la lecture de ces vastes tableaux successifs : la perte de pouvoir des créateurs sur les pratiques d'intermédiation centrale ; le passage dans les métiers de la création et de l'intermédiation d'une logique de corps à une logique de marché (dont la libéralisation de l'activité de commissaire-priseur est la dernière expression) ; la libéralisation et la privatisation croissante, encadrée par l'État, de l'intermédiation artistique ; l'importance de plus en plus grande, parmi les intermédiaires privés, des acteurs marchands au détriment des experts en valeur esthétique ; beaucoup plus récemment, enfin, le lent reflux des activités de promotion et de production chez les intermédiaires marchands, un phénomène qui tend à reporter à nouveau l'essentiel du risque inhérent à tout travail créateur sur les créateurs eux-mêmes."
"A critic at a midsize daily newspaper summarized the trade-off as follows: “Contemporary art critics face a dilemma. Unlike movie critics or drama critics, they regularly deal with esoteric and obscure art forms that the average newspaper reader might find completely baffling. The critic speaks the language, understands the motives behind the art. His job then is partly one of the translator, to explain ‘difficult’ art to the reader. Being able to interpret the mysteries bestows a certain importance on the critic, making him essential to the whole enterprise, an insider. It can be a seductive role. It can be very, very difficult, then, for a critic to step back and make a clear-headed, unbiased appraisal, especially if doing so means pronouncing something artistically worthless or nonsensical. He’s too heavily invested.” An alternative weekly writer put his feelings about the liminal position of the art critic more succinctly: “It’s not an occupation for scenesters, wannabes and hangers-on. It’s a chancy job, and it makes a man watchful—and a little lonely.”"
András Szántó dir., Columbia University, National Arts Journalism Program, 2002
"A côté de ces témoignages, qui, répétons-le, pourraient être multipliés à l’envi, il est important de signaler le développement d’un phénomène parallèle : la critique semble décliner en tant queforme journalistiquespécifique. On en voudra pour preuves la multiplication des guides et des agendas culturels qui s’enkystent dans les supports d’information générale :Le Mondeet son guide « Aden »,Libérationet son supplément « Sortir », etc. Les « critiques » s’apparentent de plus en plus à des propositions d’occupation de loisirs « cultivés », souvent « téléguidées » par les annonceurs ou les attachés de presse. Les numéros spéciaux des revues ou des hebdomadaires (Téléramas’en est fait une spécialité) qui accompagnent des événements culturels des grandes institutions se développent de manière systématique depuis les années 1980. Chacun y a intérêt. La logique des médias y rejoint celle des institutions : vendre et faire vendre, par des techniques de consécration croisée, avec tous les problèmes que cela peut poser au plan de la capacité à critiquer les événements :
La troisième source de revenus (avec les annonceurs et les lecteurs) c’est quand même les produits dérivés des journaux d’art et les structures muséales qui permettent ou pas la réalisation de ces choses. Il est quand même difficile pour le musée d’Orsay, pour Beaubourg, pour le Louvre ou pour la RMN [Réunion des musées nationaux] ou le Grand Palais d’accepter d’être éreinté dans tous les numéros par un journal qui va faire, d’un autre côté, des produits dérivés de ces mêmes expositions et qui va gagner de l’argent avec ça. C’est quand même très compliqué à manager […] Quand vous faites un hors série sur une exposition qui est vendue au Grand Palais et que dans le même numéro, au même moment, vous publiez des critiques sur ladite exposition, il y a un moment donné où il y a une logique intellectuelle... Alors qu’est-ce que vous faites ? Vous ne critiquez pas […] C’est donc un peu compliqué parce que ces journaux ont un équilibre financier tellement délicat, ils dépendent de vente de produits dérivés tout en essayant de prendre des positions, donc c’est un vrai dilemme. Que faire ? […] Il pourrait arriver que certaines structures muséales fassent une sorte de black out par rapport à une revue si jamais elle voulait à la fois publier des hors série et prendre des positions trop importantes négatives.
(Homme, 40 ans, rédacteur en chef d’un magazine artistique, octobre 1996)
"Les résultats que nous avons mis au jour sont
susceptibles d’être replacés dans trois perspectives complémentaires. D’abord
celle, empirique, de la compréhension de phénomènes à l’œuvre au sein du monde
de l’art contemporain, et plus particulièrement quant à l’activité critique.
Nous avons en effet montré que, parce que le niveau de rémunération des
critiques est faible, le temps où les critiques se consacrent exclusivement à
cette activité d’écriture est très court. La critique d’art fonctionne donc, de facto, comme un sas d’entrée au
sein du monde de l’art. Et nous avons vu que si le niveau de rémunération des
critiques est faible, c’est avant tout en raison de la morphologie éditoriale
de la critique, elle-même engendrée et reconduite dans sa stabilité par la
forme des carrières des critiques. Nous avons en effet montré que cet
écosystème de la gratuité était d’une remarquable stabilité. Dès lors s’ouvre
nécessairement une interrogation, à laquelle nous ne sommes malheureusement pas
en mesure de répondre : ce système a-t-il vu le jour récemment, ou
s’est-il imposé lorsque le système marchand-critique a supplanté le Salon dans
la fabrique de la valeur des œuvres d’art et dans l’organisation de leur
circulation ?"